«J'ai beau faire des efforts, j'ai oublié» (Témoignage)

Il oublie, elle répète. Patience et dévouement, imagination et humour aussi, pour ce couple de retraités rencontré au Bistrot Mémoire quimpérois.
Témoignage « Il faut répéter sans cesse. Le soir, je lui dis : t'as mis le couvert ? Il part et revient, je repose la question... T'as mis le couvert ? Il finit par acquiescer. Et sur la table, une assiette, entourée de quatre cuillères... Et moi, je ne mange pas ? ». Cette mamie dynamique parle de son mari, souffrant de la maladie d'Alzheimer. L'intéressé est assis à côté d'elle, est-ce qu'il suit la conversation ? Se souviendra de ce qui est dit ? « Je cherche mais je ne trouve pas, les fourchettes... le reste... je ne sais plus... » Il ne bricole plus. Il commence à monter une étagère mais oublie entre-temps comment il voulait faire. Ses petits-fils ne viennent plus voir les matchs à la maison, l'enthousiasme d'antan s'est perdu. « Des fois je me dis : je connais ça, je connais ça... et non, je ne connais plus. J'ai beau faire des efforts, j'ai oublié ». « Ca fait combien de temps qu'on vient ici ? ». Cheveux blancs, rides joyeuses, le discret papy se fait rafraîchir la mémoire par la psychologue suivant la rencontre. «Depuis décembre, c'est la deuxième fois que vous venez ». Les mains croisées sur ses cuisses, il écoute sagement celle qui colle des étoiles phosphorescentes sur les murs pour qu'il ne se perde pas la nuit. Le diagnostic est posé en 2005. Carré grisonnant, lunettes, sans trop en avoir l'air, elle est attentive à chacun de ses gestes et réactions. Toujours en alerte, elle sourit malgré ses traits tendus. Elle se dit «inquiète comme une mère pour son enfant ». Il s'avance doucement pour confier finalement : « Ce qui me fait peur c'est que ça grimpe, que ça se transforme en Alzheimer ». « Non mais tu l'as » le reprend-t-elle. Il s'obstine : « Si j'avais Alzheimer je ne parlerais pas comme ça ». Elle ne lâche pas. « C'est parce que c'est le début». « Il faut positiver » tente l'animatrice du Bistrot Mémoire qui suit d'une oreille les échanges. Pas toujours facile. Lui : « J'essaie de m'accrocher... Mais il m'arrive de pleurer, je suis triste parfois ». Il est sous antidépresseurs. Quant à elle, elle « craque» aussi, doute souvent. Les mots lui échappent souvent à ce vieux monsieur. « J'ai un truc à dire et je n'y arrive pas... Au bout d'un moment, je me dis : qu'est ce que je raconte ? Alors j'essaie de rattraper le coup en expliquant que j'ai dit ça pour rire... Mais ça ne marche pas toujours ». Sa plus grande angoisse : « Mes enfants, je les verrais toujours... Mais en fait, je ne les verrais plus... Je veux retarder ce moment ». Pour lui, elle invente des moyens mnémotechniques afin qu'il se souvienne de leurs prénoms. Parfois, il sent qu'il les oublie, il se fait réciter lui-même, dresse une liste et ne lâche pas tant qu'il ne les a pas tous. La petite dernière a un an, deux selon lui. Quand elle vient chez eux, elle n'a d'yeux que pour son papy. « Ca fait du bien de la voir » souffle-t-il, l'oeil pétillant. Source : www.ouest-france.fr Le 21 janvier 2010






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