Des massages pour oublier la douleur
Marie-Dominique Fiedor partage son temps entre le centre hospitalier du Quesnoy et l'EPHAD.Quand le corps vieillit, il souffre. À la maison de retraite Léonce-Bajart, à Caudry, sont proposées des séances de massage. Marie-Dominique Fiedor, socio-esthéticienne, prend en charge les résidents. Pendant ces moments calmes, les personnes âgées soufflent et se relâchent. Physiquement, mentalement aussi.
La pièce est intime. Zen. Comme propice à la confidence et au relâchement. C'est dans une petite salle de l'EHPAD Léonce-Bajart que Marie-Dominique Fiedor, socio-esthéticienne de profession, accueille les résidents pour leur faire des massages.
« Les personnes âgées ont souvent l'impression de n'être plus touchables, explique-t-elle. Le corps se détériore. Mais le massage est une manière de le revaloriser. De ressentir sa consistance. De le trouver beau. »
Dans la pièce, une vieille dame est assise sur une chaise. Torse nu. Le cheveu en bataille. Elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer. « Je vous ai mis du Mozart. C'est la musique que vous préférez », lui glisse à l'oreille la socio-esthéticienne, qui commence à la décontracter.
Ses mains parcourent doucement le dos de la résidente, dont les omoplates ressortent comme deux icebergs. Elle n'a que la peau sur les os. Une peau fine et transparente, comme du papier à cigarettes.
« Il faut faire attention, prévient la professionnelle, les personnes âgées ont des corps fragiles. »
Pendant que Marie-Dominique Fiedor s'occupe d'elle, la vieille dame fredonne une mélodie. Et balbutie des phrases incompréhensibles. Les souvenirs lui reviennent dans un grand chaos. Avec patience, la socio-esthéticienne l'écoute, lui répond. L'encourage à préciser sa pensée : « Qu'est ce que vous voulez dire par là ? », demande-t-elle, calmement. Sans réponse. La dame soupire. Bâille. Se détend.
Cela fait cinq ans que Marie-Dominique Fiedor vient, chaque semaine, délasser les résidents de l'EHPAD. Au fur et à mesure, elle a créé des liens particuliers avec certains. « Il y en a qui ne voulaient pas venir se faire masser. C'est un choix qu'il faut respecter. D'autres ont sauté le pas et reviennent régulièrement », indique-t-elle.
Dialogue
À Léonce-Bajart, comme dans toute maison de retraite, un sentiment de solitude peut s'emparer des résidents. Les massages sont alors un prétexte pour venir discuter. Pendant la séance, les confidences sont nombreuses. Intimes.
Marie-Dominique Fiedor est également témoin de l'évolution de ceux qui passent entre ses mains. « Il y a peu de temps, je pouvais encore avoir une discussion avec cette dame, regrette-t-elle. Aujourd'hui c'est impossible. »
Lorsque le dialogue verbal est rompu, il reste le langage du corps, « Le toucher est le seul sens qui reste intact avec l'âge. Nous créons un échange corporel. Un dialogue épidermique », sourit la socio-esthéticienne, qui utilise également des huiles essentielles particulières pour apaiser les résidents.
Certains oublieront ces moments de bien-être, à cause de la maladie. « Il faut parfois dix minutes pour que les résidents se souviennent qu'ils sont déjà venus », signale Marie-Dominique Fiedor, qui répétera cependant les mêmes gestes avec toujours autant de douceur et d'humanité.






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