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L'ergothérapie auprès des personnes âgées

Résumé : Le vieillissement de la population française est une évidence. L’ergothérapeute joue un rôle important auprès des personnes âgées. Il intervient tout au long des processus de positionnement, rééducation, réadaptation, réinsertion et accompagnement.


 

L’ergothérapie est une profession paramédicale jeune encore peu connue du grand public. Elle s’est progressivement intégrée dans le système de soins auprès des personnes âgées. Après avoir présenté notre métier et le GEGAP, nous expliquerons notre démarche de soins.

 

Présentation

 

« L’ergothérapie est une profession paramédicale inscrite au Livre IV du code de la santé publique. Elle s’exerce au sein d’une équipe interdisciplinaire et sur prescription médicale. Elle intervient tout au long du processus de rééducation, de réadaptation et de réinsertion des personnes en situation de handicap. [...] Sa spécificité tient dans l’approche thérapeutique particulière tournée vers l’homme malade dans sa globalité plus que vers l’organe affecté. »1 Une définition qui s’est affinée au fil du temps.

 

En 1780, c’est J.C. Tissot, le chirurgien du roi Louis XVI, qui, le premier par mille jeux, occupations ou métiers, donne les modalités qui persisteront jusqu'à nos jours, des principes de la rééducation en ergothérapie.

Il faut attendre le début du 19 siècle, pour voir un psychiatre, Ph. Pinel publier un traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale. Il préconise, des exercices du corps ou application à un travail mécanique, loi fondamentale de toute hospitalisation d’aliénés. Sa méthode est appliquée avec succès à l’hôpital de la Salpêtrière. Une réflexion théorique qui donne à l’ergothérapie ses premières lettres de noblesse.

Les première et seconde guerres mondiales, comme pour de nombreuses disciplines, donnent un nouvel essor à l’ergothérapie. Les anglo-saxons établissent les fondements de «l’occupational therapy ». Cette méthode de rééducation va peu à peu s’imposer en Europe. En France, le premier service de rééducation fonctionnelle par le travail ouvre en 1917, pour recevoir les blessés de guerre.

Dans la France de l’après-guerre, l’ergothérapie s’organise autour d’écoles créées à Paris et à Nancy conformément au règlement émis par les instances internationales. L’ANFE voit le jour en 1961. Mais la reconnaissance officielle du statut d’ergothérapeute sera longue à aboutir, il faudra attendre le 6 Novembre 1970 pour que le diplôme d’Etat soit reconnu par un décret. Les textes suivants ne feront que renforcer cette évolution positive.

 

De nos jours la formation s’organise autour de huit écoles publiques et privées. Après un concours d’entrée, les instituts dispensent un enseignement pratique et théorique sur trois années.

 

L’enseignement pratique comporte au total dix mois de stage en institution. Le savoir théorique est multiforme, et permet ainsi, aux futurs praticiens, de posséder une polyvalence certaine dans les domaines de la rééducation fonctionnelle et de la psychiatrie. Par ailleurs, une large part du programme est réservée à la formation à la relation avec le patient puisque l’ergothérapeute peut-être confronté dans son travail à des publics très différents comme les personnes âgées, les enfants ou des adultes.

 

Dès son diplôme d’Etat obtenu, l’ergothérapeute à la possibilité d’exercer en libéral ou d’intégrer de nombreuses structures notamment :

Les établissements hospitaliers, au sein principalement des services de gériatrie, neurologie, traumatologie, rhumatologie, pédiatrie, psychiatrie.

Les hospitalisations à domicile,

Les services de soins à domicile,

Les centres de rééducation et réadaptation pour enfants et adultes,

Les maisons de retraites,

les centres de post-cures,

Les mutuelles, les assurances,

Les cabinets d’architecture,

Les équipes mobiles de gériatrie,

Les Comités Locales d’Informations et de Coordination et autres structures d’accueil...

 

Après avoir intégré une équipe multidisciplinaire, l’ergothérapeute permet au patient de maintenir, récupérer ou acquérir la meilleure autonomie individuelle, sociale et professionnelle.

Les trois modes d’intervention s’organisent autour de prises en charge individuelle, semi collective ou de groupe suivant les objectifs thérapeutiques établis avec le patient et le lieu d’exercice.

Les moyens mis à sa disposition font tout l’intérêt de sa pratique. Il utilise :

Les jeux,

Les techniques artisanales,

Les Activités de la Vie Quotidienne (AVQ) : toilette, habillage, repas, locomotion, loisirs...

Les aides techniques, les orthèses

 

L’historique du G.E.G.A.P

 

C’est au cours de la première journée d’ergothérapie de l’AP-HP, à l’hôpital Pitié- Salpêtrière, en 1991, que fut organisée une table ronde sur la gériatrie. Suite à cette rencontre, une dizaine d’ergothérapeutes a décidé de se réunir régulièrement pour échanger sur leurs pratiques professionnelles.

De ces échanges est né un groupe de travail le G.E.G.A.P (Groupe d’Ergothérapeutes en Gériatrie de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris). L’objectif principal était de promouvoir notre profession, de présenter notre rôle en gériatrie.

Une trentaine d’ergothérapeutes composent ce groupe, deux tiers exercent à l’AP-HP, le tiers restant en maison de retraite, établissements privés.

 

Les différentes réalisations du groupe sont les suivantes :

- création de bilans spécifiques

- groupes de travail sur le positionnement, la démence, l’évaluation de domicile

- rédaction d’articles dans diverses revues

- participation au salon professionnel Gérontexpo

- formation dans les écoles d’infirmières (I.F.S.I), au sein de l’A.N.F.E

 

L’évaluation

 

Les évaluations nous permettent de mettre en évidence les déficiences2, les incapacités3 et les désavantages4 et ainsi d’établir des objectifs pour le positionnement, la rééducation, la réadaptation et la réinsertion.

Les principaux outils d’évaluation utilisés en gériatrie sont le Bilan Modulaire d’Ergothérapie (BME) et des bilans élaborés par le GEGAP.

 

Le Bilan Modulaire d’Ergothérapie

 Le BME est un outil d’évaluation élaboré par l’Association Audoise Sociale et

Médicale et validé auprès d’une population âgée (âge supérieur à 60 ans). Il permet de mesurer les situations de handicap pathologique autour de trois grands modules :

Module de tests qui correspond aux dimensions de la personne. Cette partie du bilan évalue les fonctions cognitives (qui se rapporte à la connaissance, aux capacités intellectuelles) et motrices ainsi que les fonctions sensorielles de la personne âgée.

Module des AVQ et des Activités Instrumentales de Vie Quotidienne (AIVQ) : utiliser le téléphone, se préparer une boisson chaude, utiliser l’argent..., qui nécessite d’observer la personne en situation.

Module sur l’environnement de la personne qui permet d’obtenir des informations sur son habitat ainsi que sur la présence de son entourage.

Une fiche de synthèse est rédigée permettant ainsi d’établir des objectifs de prise en charge après avoir évalué l’ensemble de ces modules.

 

Bilans du GEGAP

 Le GEGAP a créé une série de bilans adaptés à la personne âgée et à sa fatigabilité. Ainsi nous avons à notre disposition :

Fiche de présentation

Bilan fonctionnel gériatrique : il évalue les capacités de la personne à exécuter des mouvements avec ses membres supérieurs pouvant être intégrés dans les AVQ (main-bouche, main-nuque, main-dos...)

Bilan gériatrique de préhensions

Bilan gériatrique de sensibilité (des membres supérieurs)

Bilan gériatrique d’orientation (dans le temps et dans l’espace)

Bilan gériatrique du schéma corporel : il évalue la représentation que le patient a de lui même.

Bilan gériatrique des fonctions supérieures5

  Bilan gériatrique d’indépendance : il se fait en observant le patient au cours de différentes AVQ.

Evaluation du domicile

 

Le positionnement

 

Le positionnement favorise le confort et le bien-être, limite le risque d’escarres, soulage les douleurs, prévient les attitudes vicieuses. Il peut également améliorer la communication et la socialisation. Nous choisissons le matériel adapté à la morphologie, à la pathologie et aux capacités de la personne.

Par exemple, quand la personne a tendance à glisser du fauteuil par manque de tonus, nous proposons un fauteuil de confort et un coussin de prévention d’escarres adapté.

Pour le positionnement au lit, nous intervenons également pour le choix du matelas de prévention d’escarres et nous utilisons des coussins de confort, par exemple pour éviter qu’une personne se rétracte en position fœtale.

Le travail d’équipe est important pour poursuivre le positionnement.

 

La rééducation

 

En ergothérapie, la rééducation a pour principaux objectifs de favoriser l’amélioration des fonctions altérées (motrices, sensitives ou cognitives) afin de retrouver un geste fonctionnel sans forcément rechercher la performance. Pour se faire, nous utilisons l’activité comme moyen spécifique, choisie en fonction des besoins thérapeutiques et des désirs de la personne âgée.

La rééducation de la personne âgée doit tenir compte de plusieurs paramètres : les projets de la personne et de son entourage, la fatigabilité de la personne qui est en général très importante ainsi que les pathologies associées qui peuvent être un frein à la rééducation (pathologies cardiaques, difficultés respiratoires, visuelles, auditives....).

Prenons l’exemple d’une personne hémiplégique, de profession artiste peintre. L’ergothérapeute pourra utiliser une activité créatrice type peinture sur soie afin de travailler l’amplitude du geste ainsi que la préhension d’un pinceau. Dans le cas d’une personne ayant eu une fracture de l’extrémité supérieur de l’humérus, nous pourrons utiliser une activité ludique comme le « puissance 4 » qui nécessite de monter le bras afin de mettre les pions dans la grille.

 

La réadaptation

 

La réadaptation de la personne âgée a pour objectif de conserver son indépendance6 fonctionnelle, d’entretenir son autonomie7, d’apprendre à compenser les difficultés liées aux situations de handicap en mettant en place de nouvelles stratégies humaines et matérielles.

 

Les stratégies humaines

 Les stratégies humaines se déroulent en trois étapes : la prise de conscience des gestes nocifs, l’apprentissage des bons gestes et leur intégration dans les activités de la vie quotidienne.

L’ergothérapeute apprendra par exemple à un patient hémiplégique comment s’habiller, en passant en premier son bras paralysé dans le vêtement, pour éviter la luxation d’épaule.

De même pour un patient ayant une prothèse de hanche, l’ergothérapeute expliquera les bons gestes pour entrer et sortir de son lit, de sa baignoire, sans prendre le risque de luxer sa prothèse.

L’ergothérapeute a aussi un rôle d’éducateur auprès des familles et des soignants.

En ce qui concerne l’autonomie, l’ergothérapeute propose des activités faisant appel à l’organisation, à la mémorisation et à l’enchaînement des tâches à accomplir pour réaliser cette activité. Par exemple nous proposons la réalisation d’un repas. Le patient doit réussir à lire la recette, préparer le repas, sans oublier de nettoyer et de ranger.

Si la personne âgée ressent des difficultés de mémoire lors de ces mises en situations, nous apprendrons l’utilisation « d’aides mnésiques » telles que agenda, tableaux « veleda » pour aider à gérer au mieux le quotidien.

 

Les stratégies matérielles Nous orientons la personne âgée vers l’aide technique8 la plus appropriée. Il peut s’agir

d’un fauteuil roulant, d’une cuillère adaptée, d’une barre d’appui dans une salle de bain... En fonction de l’aide technique, un temps d’apprentissage est nécessaire.

Nous confectionnons également des orthèses9, pour soulager la douleur, limiter les déformations articulaires, et éviter les rétractions.

 

La réinsertion

 

L’objectif de la réinsertion est d’aider la personne âgée à réaliser son projet d’avenir après l’hospitalisation.

Pour certaines d’entre elles, la réinsertion est synonyme de retour au domicile. L’ergothérapeute va aider la personne âgée à se réapproprier son lieu de vie antérieur. Nous réalisons une évaluation au domicile durant l’hospitalisation avec la personne âgée, un membre de son entourage, l’assistante sociale et le kinésithérapeute.

L’évaluation au domicile permet de placer la personne âgée en situation d’activité dans son environnement pour mesurer les risques potentiels (Ex : oublier d’éteindre le gaz lorsqu’elle se prépare son petit déjeuner).

C’est aussi l’opportunité d’évaluer les barrières architecturales et de proposer des adaptations afin de limiter les situations de handicap. Nous proposons par exemple de placer un siège de bain pivotant pour faciliter l’accès à la baignoire, d’enlever tous les tapis afin de diminuer les risques de chutes, de fixer une barre d’appui pour améliorer les transferts aux WC... Ces conseils permettent d’optimiser l’indépendance, le confort, et la sécurité de la personne âgée à son domicile et peuvent faciliter l’intervention des différents « aidants ». (famille, amis, aides à domiciles, soignants...)

 

L’hospitalisation peut également être le lieu où la personne âgée décide de ne plus retourner à son domicile et choisit de vivre dans une institution adaptée à son autonomie et indépendance comme un foyer logement, une maison de retraite, un service de soins de longue durée. L’objectif de la réinsertion est alors de l’aider à s’adapter à un nouveau lieu de vie.

 

Dans certain service, l’ergothérapeute peut participer à des visites de pré-admission avec l’assistante sociale afin d’accompagner la personne âgée dans ce choix qui est au départ bien souvent douloureux.

L’ergothérapeute a pour rôle de transmettre les informations concernant les aides techniques et humaines nécessaires au maintien de l’autonomie acquise.

 

L'accompagnement


L’objectif de l’accompagnement vise à atténuer les angoisses de la personne âgée, la revaloriser, mais aussi à préserver ses capacités relationnelles, gestuelles, intellectuelles... C'est ce type de suivi que nous proposons par exemple aux personnes atteintes d’un syndrome démentiel. Nous utilisons comme support thérapeutique des activités manuelles, ludiques ou artistiques comme le dessin au pastel. Dès lors que ce type d’activités est trop compliqué, lorsque les troubles cognitifs sont importants, l’accompagnement consiste plus en un entretien des capacités : guider la personne dans les gestes du quotidien en verbalisant les actions, en lui montrant ou en l'aidant même dans les gestes afin qu'elle retrouve les automatismes perdus. Cela se fait par exemple lors de la toilette ou la prise des repas.

 

Suivant les liens qui se tissent avec la personne âgée durant le temps d’hospitalisation, l’ergothérapeute, comme tout membre de l’équipe soignante, est amené à accompagner la personne dans ses derniers instants de vie.

L’écoute et le toucher sont les supports principaux de cette démarche d’accompagnement comme le défini si bien le Père VESPERIEN : "Accompagner quelqu'un ce n'est pas le précéder, lui indiquer la route, lui imposer un itinéraire, c'est marcher à ses côtés en le laissant libre de choisir son chemin et le rythme de son pas.".

 

Conclusion


Notre profession, polyvalente et enrichissante continue à se développer de l’hospitalisation jusqu’au retour à domicile ou à la maison de retraite tout en s’ouvrant de plus en plus sur l’extérieur. On rencontre ainsi des ergothérapeutes dans des CLIC, des Structures de Soins et d’Aides à Domicile, des accueils de jours pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et aussi dans le secteur libéral. Cet essor doit continuer et nous permettre d’ouvrir de nouvelles portes et ainsi permettre aux personnes âgées de bénéficier de nos compétences tout en restant à domicile.

 

Bibliographie

Articles :

DASSIE V., FRESSE-COLSON S., RAUZY B., Autonomie, indépendance et maladie d'Alzheimer..., Journal d'Ergothérapie, 1999, n°21.

MOREL BRACQ M.C., Approches des modèles conceptuels en Ergothérapie, Association Nationale des Ergothérapeutes.

CHAUDERON Martine, VABRE Aline, L’ergothérapeute en soins palliatifs, Soins Gérontologie N°19, août/septembre/octobre 1999.

ANFE, Ergothérapie : guide de pratique, ANFE.

 

Sites Internet :

 http://www.anfe.asso.fr

 

BIGOIN Rose-Marie. Hôpital Emile Roux (AP-HP). Limeil-Brévannes

CHAUDERON Martine. Hôpital Dupuytren (AP-HP). Draveil

HEYVAERT Kristien. Association Mr Vincent Résidence Saint Joseph. Arcueil

LE LEVIER Aurélie. Résidence santé Alquier Debrousse. Paris

VABRE Aline. Hôpital Rotschild (AP-HP). Paris

 

1 Site Internet de l’Association Nationale Française des Ergothérapeutes (ANFE) www.anfe.asso.fr

2 La déficience : perte de substance ou altération d‘une structure ou fonction (psychologique, physiologique ou anatomique). Elle correspond donc à la lésion (de la moelle) et au déficit en résultant (paraplégie).

3 L’incapacité correspond à toute réduction (partielle ou totale) de la capacité d’accomplir une activité d’une façon ou dans les limites considérées comme normales (incapacité à marcher)

4 Le désavantage (conséquence des déficiences ou des incapacités) représente une limitation ou une interdiction d’accomplissement d’un rôle social normal (avoir un emploi).

5 Les fonctions supérieures : regroupe plusieurs domaines que sont le langage, l’attention, la mémoire, les praxies, les gnosies, le raisonnement et le jugement ainsi que le comportement.

6 Capacité d'un individu d'effectuer seul les actes de la vie quotidienne

7 Capacités à faire ses propres choix

8 Selon la norme internationale ISO 9999 : « est considéré comme aide technique, tout produit, instrument, équipement ou système technique utilisé par une personne handicapée, fabriqué spécialement ou existant sur le marché, destiné à prévenir, compenser, soulager ou neutraliser la déficience, l’incapacité ou le handicap. »

9 Appareillage destiné à suppléer ou à corriger l’altération morphologique d’un organe, d’un membre, ou la déficience d’une fonction.

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